Lorsqu’on consulte les analyses d’une rivière, une ligne attire souvent l’attention : « nitrates », accompagnée d’une valeur exprimée en mg/L. Mais que signifie réellement ce chiffre ? Une concentration élevée indique-t-elle forcément une pollution ? Peut-on comparer directement deux rivières ? Et d’où viennent ces nitrates présents dans l’eau ?
Comme souvent lorsqu’on parle de qualité des cours d’eau, une seule valeur ne raconte qu’une petite partie de l’histoire.
Que sont exactement les nitrates ?
Les nitrates sont une forme d’azote naturellement présente dans l’environnement. Ils participent au cycle de l’azote et peuvent se retrouver dans les sols, les nappes souterraines et les eaux de surface.
Ils ne doivent pas être confondus avec les nitrites, même si les deux paramètres sont régulièrement mesurés lors des analyses de qualité de l’eau.
Dans une rivière, la concentration en nitrates est généralement exprimée en milligrammes de nitrate par litre d’eau, souvent sous la forme mg(NO3)/L.
Les réseaux de surveillance réalisent des prélèvements à différentes stations afin de suivre l’évolution de ce paramètre dans le temps.
Des outils permettant d’explorer les données des rivières françaises permettent ensuite de retrouver ces mesures aux côtés d’autres informations comme le débit, l’oxygène dissous ou la température de l’eau.
D’où viennent les nitrates présents dans les rivières ?
Il serait tentant d’associer automatiquement les nitrates à une seule origine. La réalité est plus complexe.
Une partie provient du fonctionnement naturel des sols et de la décomposition de la matière organique. Les activités humaines peuvent également contribuer aux apports d’azote, notamment certaines pratiques agricoles, les fertilisants ou différents rejets.
Lorsqu’il pleut, l’eau peut transporter une partie de ces composés vers les fossés, les nappes, les affluents puis les rivières.
Mais une concentration mesurée à un endroit donné ne permet pas, à elle seule, de désigner l’origine précise des nitrates observés. Une rivière collecte l’eau d’un bassin versant parfois très étendu.
Pourquoi une seule analyse peut être trompeuse
Imaginons qu’une station mesure un jour une concentration de 20 mg/L.
Ce chiffre est réel pour le prélèvement concerné, mais que dit-il de l’ensemble de la rivière ?
Pas forcément grand-chose sans contexte.
Les concentrations peuvent évoluer avec les saisons, les précipitations, le débit ou les apports provenant du bassin versant. Quelques mesures espacées ne donnent donc pas la même qualité d’information qu’une série régulière suivie pendant plusieurs années.
C’est pourquoi il est plus pertinent d’observer l’évolution des nitrates dans les rivières que de tirer une conclusion définitive à partir d’un prélèvement isolé.
Pourquoi regarder la médiane, le minimum et le maximum ?
Lorsque suffisamment d’analyses sont disponibles, plusieurs indicateurs peuvent être utilisés.
Le minimum et le maximum montrent l’amplitude des concentrations observées. La médiane permet de situer le centre de la série sans donner autant de poids à une valeur exceptionnellement haute ou basse.
Le nombre d’analyses est également essentiel.
Une médiane calculée à partir de quelques prélèvements ne doit pas être interprétée de la même manière qu’une valeur reposant sur plusieurs dizaines de mesures réparties dans l’année.
Peut-on comparer deux rivières ?
Oui, mais avec prudence.
Comparer directement deux concentrations sans regarder la période, la station et le nombre de mesures peut conduire à des conclusions trop rapides.
Même deux stations installées sur une seule rivière peuvent présenter des valeurs différentes. Entre les deux peuvent se trouver un affluent, des terres agricoles, une agglomération ou simplement un changement dans le fonctionnement hydrologique du bassin.
Pour qu’une comparaison soit intéressante, les séries doivent donc être suffisamment compatibles.
Les nitrates suffisent-ils à déterminer la qualité d’une rivière ?
Non.
C’est probablement l’erreur la plus importante à éviter.
La qualité d’un cours d’eau dépend de nombreux paramètres : oxygène dissous, phosphore, température, pH, matières en suspension, substances chimiques ou encore caractéristiques biologiques du milieu.
Les nitrates constituent donc un indicateur parmi d’autres.
Des apports importants de nutriments peuvent participer à un enrichissement excessif des milieux aquatiques et favoriser certains déséquilibres écologiques, mais l’état général d’une rivière ne peut pas être résumé par un unique chiffre.
Ce que raconte vraiment une mesure de nitrates
Une analyse est avant tout une photographie prise à un endroit et à un moment précis.
Pour qu’elle devienne réellement informative, il faut la replacer dans une série : regarder son évolution, la saison, la station concernée et le nombre de prélèvements disponibles.
Plutôt que de demander simplement « combien y a-t-il de nitrates dans cette rivière ? », la meilleure question est donc : « comment cette concentration évolue-t-elle au fil du temps ? »
C’est souvent dans cette évolution, bien davantage que dans un chiffre isolé, que commencent à apparaître les informations les plus intéressantes sur le fonctionnement d’un cours d’eau.
3 réflexions au sujet de “Que signifient vraiment les nitrates mesurés dans une rivière ?”