Les causes structurelles de la crise écologique

Bien qu’il ne puisse se soustraire aux lois de la nature, le mode de production capitaliste est à différents points de vue en contradiction fondamentale avec la nature et les processus d’évolution naturels.

« Ce n’est pas un manque de sagesse du capitalisme qui entraîne la destruction de l’environnement, mais précisément la rationalité qui lui est propre. »

Pour le capital, seul l’aspect quantitatif est décisif car il détermine la relation temps de travail/argent dans le cadre de la loi de valeur, : des relations qualitatives et globales ne peuvent être prises en considération. L’exploitation des ressources naturelles ne peut pas prendre en considération le temps nécessaire à leur formation et à leur renouvellement. L’extension de la production marchande ne peut pas respecter les modes d’organisation sociale préexistants. L’occupation de l’espace nécessaire au bon déroulement de la production, de l’approvisionnement en énergie et de la distribution, doit se faire sans tenir compte de l’environnement naturel, de la faune ou de la flore. Voilà pourquoi les sociaux-démocrates qui revendiquent une « croissance qualitative » sont empêtrés dans la logique du capital : croissance qualitative et loi de valeur s’excluent l’une et l’autre. Au mieux, les destructions croîtraient plus lentement

La rationalité capitaliste détermine le mouvement des capitaux individuels. Mais la concurrence des capitaux entre eux rend irrationnel le système dans son ensemble : l’intelligence mise en oeuvre pour améliorer la production, comme pour économiser les matières premières, s’arrête aux portes de l’entreprise. C’est l’environnement qui en fait les frais dans tous les domaines pour lesquels « personne » ne se sent responsable : pollution des eaux, de l’air et de la terre. En outre, la concurrence entraîne des crises de surproduction périodiques qui révèlent qu’une quantité considérable d’énergie et de matière a été investie dans des marchandises qui ne se vendent pas. De surcroît, le marché pousse à la fabrication de produits superflus du point de vue de la valeur d’usage (publicité, drogues diverses, armements, etc.) mais dont la valeur d’échange rapporte de gros profits. La concurrence et la course aux profits et aux surprofits sont en fin de compte à l’origine d’agissements criminels, reconnus comme tels par la législation capitaliste elle-même : non-respect de la réglementation sur l’environnement, utilisation de substances toxiques, tests de qualité insuffisants, falsification d’indications de contenu, abandon de déchets dans des décharges sauvages, etc.

La crise écologique dans les métropoles impérialistes

C’est dans les pays capitalistes développés que l’exploitation économique est la plus avancée, c’est-à-dire dénombrer sous forme de quantités marchandables tout ce qui naturel, social et hitorique. La production de marchandises régit désormais tous les secteurs de la vie sociale, tandis que des monopoles dominent des secteurs entiers de l’économie. le processus social de production se trouve de plus en plus découpé en petits morceaux. Les rapports de propriéte, que la concurrence entre « propriétaires de moyens de production » empêche de se figer complètement, sont de plus en plus centralisés. Dans tous les pays impérialistes, ceci a mené aux mêmes problèmes écologiques majeurs, une preuve de plus que ces problèmes ne sont pas à considérer comme des « pannes » ou des « ratés », mais qu’ils correspondent à cette logique du système partout dans le monde.

- Le fiasco du protocole de Kyoto est un bon exemple de l’incapacité du système capitaliste de faire face à la crise écologique. Kyoto vise à ralentir le réchauffement planétaire dû aux gaz à effet de serre pour revenir au niveau de 1990. Mais même ce modeste objectif fut rejeté unilatéralement par les USA qui en produisent pourtant 25% (2 x plus que l’Europe). – L’irrationalité du marché et la recherche du profit sont responsables de façon décisive du problème des déchets. Il est de plus en plus « avantageux » pour chaque entreprise de jeter, de mettre à la décharge ou de brûler ce qui est inutile à la production. Ainsi, les montagnes de déchets, en particulier de déchets toxiques, sont presque devenues un symbole de la société de surabondance capitaliste.

L’exploitation, presque achevée du dernier centimètre carré au profit d’une zone industrielle, d’un centre de commerce, d’une cité-dortoir, d’un parc de loisirs ou d’une zone administrative a allongé continuellement les déplacements nécessaires alors que la structure des besoins reste sensiblement la même. La politique des transports, basée sur la voiture individuelle à essence, a pour conséquence un surnombre chronique d’automobiles et menace toutes les grandes agglomérations de paralysie et/ou d’asphyxie. En particulier dans le domaine de l’énergie, les rapports de propriété centralisés ont dicté la construction de grandes centrales à combustibles fossiles ou nucléaires : un choix néfaste pour l’atmosphère et en même temps tout à fait irrationnel du point de vue d’une utilisation économique de l’énergie. Les conséquences de ces problèmes écologiques fondamentaux sont :
- la destruction des sites naturels et l’urbanisation envahissante,
- le sur-encombrement des routes,
- la pollution de l’air due à la voiture individuelle,
- l’empoisonnement par l’industrie chimique,
- la pollution radioactive due à l’énergie nucléaire,
- les montagnes de déchets de plus en plus grandes.

Le capitalisme n’est pas à même de corriger ces « déviations ». Si les ressources naturelles, comme l’eau, le bois, les sols, sont « librement » disponibles, sous le capitalisme elles sont usées, gaspillées et polluées, le plus souvent sans contrôle. Elles restent conditionnées, c’est-à-dire elles sont l’objet de la recherche de profit privé. En d’autres termes, la nature limitée des ressources n’est perçue que par ceux qui sont contraints à les acheter. Ceux qui les vendent, ont un intérêt fondamental à l’expansion et s’opposent à toute tentative de les économiser.

arbres morts et secs

Toute tentative de correction va à l’encontre de la campagne actuelle des capitalistes en faveur d’une plus grande dérégulation (ce qui correspond en langage politique à une « libéralisation ») ; elles ne sont concevables qu’en partant de la prémisse fausse que la loi de la valeur serait à même de distinguer d’une manière quelconque entre de « bons » profits (respectant l’environnement) et de « mauvais » profits. Ainsi, les pays impérialistes sont condamnés à un rafistolage toujours en retard sur les problèmes, qui peut obtenir quelques succès tout au plus au niveau de remèdes ou de limitations partielles comme l’obligation d’installer des filtres pour l’épuration des eaux et de l’air, etc.

Pour des millions d’êtres humains, la destruction croissante de l’environnement et de la biosphère et la lutte quotidienne pour survivre font partie de la même expérience directe. Plus de 800 millions de personnes sont sous alimentées, 40 millions meurent chaque année de faim ou de maladies dues à la malnutrition. Près de 2 milliards ne connaissent pas d’approvisionnement régulier en eau potable propre ; 25 millions en meurent chaque année. Un milliard et demi d’êtres humains souffrent d’un manque aigu de bois de chauffage qui est souvent leur seule source d’énergie. La nourriture, l’eau et le combustible pour se chauffer, ces trois éléments essentiels de l’existence physique de l’homme, sont très largement insuffisants dans cette partie du monde.

La production capitaliste, par ailleurs, façonne ses consommateurs. Ainsi, le comportement des individus est un facteur qui aggrave la crise écologique et entrave la sortie de celle-ci. Des changements individuels de comportement ne peuvent cependant exercer qu’une influence minime sur la nature fondamentalement destructrice de l’environnement de la production capitaliste.

La crise écologique dans les pays dépendants

La conclusion lucide d’une étude de l’ONU pour l’environnement selon laquelle les problèmes écologiques du « Tiers Monde » sont des problèmes de pauvreté, est parfaitement juste si l’on n’oublie pas que cette pauvreté n’est pas le résultat d’une fatalité, mais de la politique et de l’action économique des pays impérialistes. S’il est possible, en défigurant les faits, de présenter la crise de l’environnement dans les pays impérialistes comme la conséquence d’une société d’abondance et non comme le résultat de l’économie de marché, dans les pays dépendants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, le rapport entre crise économique et crise écologique est absolument transparent. L’ONU estime, de plus, qu’environ 500 millions d’hommes sont des « réfugiés de l’environnement », forcés de quitter leurs régions d’origine suite à la sécheresse, aux inondations, à l’érosion des terres, à l’extension de l’agriculture orientée vers l’exportation, etc. C’est un fait : la crise écologique dans ces parties du monde n’est pas une « bombe à retardement », ou un problème pour le futur, mais une crise existentielle bien réelle déjà aujourd’hui.

La principale cause de la misère et de la crise écologique, c’est le mode de production capitaliste. Les structures bien connues de dépendance de l’impérialisme et du marché mondial dominé par celui-ci ont soumis la nature des pays dominés à une exploitation économique beaucoup plus directe et brutale que dans les pays impérialistes. La destruction de l’environnement suivant les besoins du marché mondial et les intérêts des multinationales y est en contradiction encore plus flagrante avec les structures sociales et les modes de vie hérités de leur histoire. Dans tous ces pays, l’impérialisme a façonné les territoires en imposant une infrastructure construite presque exclusivement autour des centres d’activité économique dépendants du marché mondial.

C’est sur cette base que sont choisis les « centres de matières premières », les centres d’affaires, les zones touristiques, les plantations et les pâturages pour une production orientée vers l’exportation. L’énorme pression sur les hommes victimes de ces processus, le refoulement des modes de vie différents et de fonctions sociales « dépassées » vers les régions marginalisées du pays, ont été et sont encore sans commune mesure avec les bouleversements dont l’homme et l’environnement souffrent, à la suite de processus déterminés par d’autres, dans les métropoles capitalistes. Du point de vue écologique, aussi, on peut donc constater l’effet fatal de la loi du « développement inégal et combiné » dans les pays dépendants. Le marché mondial porte sa dynamique destructrice pour l’environnement et ses contradictions les plus déchirantes même dans les coins le plus « arriérés » du monde.

Et son action y est incomparablement plus dévastatrice car les forces qui s’y opposent sont incomparablement plus faibles. On peut distinguer une série de caractéristiques structurelles de ce mécanisme : L’exploitation directe de matières premières pour le marché mondial (minerais, bois, coton, caoutchouc, café, cacao, pétrole, etc.) et le développement parallèle d’infrastructures, de routes, de voies ferrées, de centrales énergétiques etc. ; La transformation de terres en terrains agricoles ou en pâturages destinés à la production pour l’exportation, par le truchement d’une politique de défrichements, qui comporte une grande dépendance des engrais chimiques et des pesticides avec la pollution qui en découle.

Pour la majeure partie de la population des pays dépendants, l’approvisionnement en énergie est un problème existentiel. 1,5 milliards d’êtres humains manquent de bois de chauffage. Le temps de travail annuel pour la recherche de bois de chauffage (ou d’autres combustibles comme le fumier, les résidus des plantes, etc.) a quadruplé et atteint parfois 190 à 300 jours ouvrables par an. Surtout dans les régions rurales proches des villes, mais aussi dans beaucoup d’autres régions, les forêts sont abattues intégralement pour cause de pénurie d’énergie.

Ces deux processus, font du problème de la terre la question la plus brûlante dans la plupart des pays dépendants. La population rurale est refoulée dans des régions qui ne supportent pas une installation et une agriculture permanentes. Elle est forcée de défricher et d’appliquer des méthodes de culture, qui accélèrent l’usure des terres et leur érosion. Le déboisement des versants, les forêts tropicales brûlées, la colonisation de régions arides ou exposées au danger d’inondations, la destruction des couches de terre fertiles, etc. renforcent le risque de modifications de climat à long terme et de « catastrophes naturelles ».

« Une urbanisation provoquée par une structure économique spécifique et le problème de la terre ».

Suivant les estimations de l’ONU, les villes dans les pays dépendants grandissent trois fois plus vite que celles dans les pays capitalistes industrialisés. Dans ces villes, les problèmes urbains sont encore plus catastrophiques pour la nature et la vie. La pollution de l’air par le trafic automobile et le chauffage domestique sont une menace aiguë.

Par rapport à la crise écologique, la dette oblige à accentuer la priorité aux produits d’exportation, et fait donc augmenter la pauvreté aiguë et l’exode rural. Sur la période 1990-1995, la déforestation dans les 33 pays africains classés parmi les pays pauvres les plus endettés a été de 50% supérieure aux destructions de forêts dans les autres pays africains, et de 140% supérieure comparé au niveau moyen de déforestation dans le monde.

La qualité de l’approvisionnement en eau propre et des eaux épurées représente le deuxième problème des villes dans les pays dépendants. L’élimination des déchets est le troisième. Dans la plupart des grandes villes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, les ordures sont simplement entassées ou brûlées à ciel ouvert. Actuellement, le plus grave problème des pays dépendants est celui de leurs dettes vis-à-vis des banques et des gouvernements impérialistes. Parallèlement, il n’y a pas de moyens pour financer des mesures de conservation de la nature. Les institutions financières internationales, comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, font payer de plus en plus à l’homme et à la nature les conséquences de l’endettement… Tout cela est cyniquement complété par une série de destructions directes de la nature et de crimes écologiques commis par les multinationales. Ainsi, des unités de production dangereuses (surtout dans l’industrie chimique) sont transférées dans les pays dépendants. Là, non seulement la main-d’œuvre est bon marché, mais l’environnement peut aussi être impunément pollué (ex. le pétrole au Niger, la chimie -Bhopal- en Inde. Les gouvernements de la plupart des pays dépendants sont impuissants devant la crise écologique. Leur attachement aux intérêts des pays dominants et leurs propres privilèges prolongent la dépendance économique et la crise écologique. Même certains programmes d’aide internationale (contre la faim, contre les catastrophes écologiques ou les projets récents d’une annulation partielle de la dette en échange de mesures de protection de l’environnement) ne font souvent que contribuer à l’enrichissement des élites au pouvoir.

La solution de la crise écologique dans les pays dépendants est inconcevable sans rupture de la dépendance de l’impérialisme. La recherche, face aux problèmes sociaux urgents, d’une « modernisation » par les crédits et l’endettement a été une erreur qui n’a fait que détériorer davantage la situation. Ceci est d’autant plus vrai pour la crise écologique. Des millions d’hommes sont contraints par la pauvreté et la dépendance économique à un comportement quotidien extrêmement destructeur de l’environnement, mais sans lequel leur simple survie ne serait pas possible. Le processus de lutte anti-impérialiste, de révolution dépassant le stade de la libération nationale et de la dépendance politico-économique dans les pays dépendants devra donc aborder les problèmes écologiques d’une manière consciente, les intégrer dans le programme de lutte contre le pillage capitaliste. C’est la condition pour construire avec succès des rapports de production alternatifs plus égalitaires.

La crise écologique dans les ex-pays de l’Est (et assimilés)

Malgré la disparition de l’URSS et de la plupart des sociétés se réclamant du modèle soviétique, il est nécessaire de revenir brièvement sur leur politique face à l’environnement. Le bilan écologique de l’URSS et des pays ayant un régime de la planification non-démocratiquement centralisée, est égal, sinon pire que celui des métropoles impérialistes, notamment pour ce qui est de la pollution de l’air, des eaux et des terres, du nucléaire – Tchernobyl ! – et des problèmes de grandes agglomérations urbaines.

L’une des raisons de cette situation est le fait que ces sociétés n’ont pu surmonter que partiellement la loi de la valeur capitaliste et les contraintes objectives sur la production qu’elle comporte. Dans de nombreux secteurs-clés de la production, la dépendance du capitalisme et du marché mondial était toujours présente. L’exploitation des ressources naturelles pour une économie d’exportation ainsi que la dépendance de produits et de technologies provenant des industries capitalistes ont provoqué, dans ces sociétés aussi, une destruction inévitable de l’environnement. Et ceci d’une manière comparable à celle des pays dépendants.

L’économie planifiée a été une tentative d’une économie qui soit directement sociale. En opposition au capitalisme où ce n’est qu’au niveau du marché qu’elle vérifie l’utilité du travail, c.-à-d. la possibilité d’en vendre le produit, les sociétés non-capitalistes ont essayé de déterminer et de planifier les besoins sociaux avant la production. Il est évident que cela ne peut réussir que si tous les besoins et intérêts spécifiques des hommes sont intégrés dans un processus global de réflexion et de décision démocratique. Lorsqu’il s’agit de répartir quelque chose qui manque réellement, la démocratie devient d’autant plus une nécessité vitale.

Ainsi, dans ces sociétés, la multitude de besoins sociaux et nationaux, culturels et économiques des hommes fut standardisée, normalisée et intégrée par la force dans un plan central dicté d’en haut. Comme tout aspect qualitatif, les caractéristiques déterminantes ne pouvaient qu’être des normes et des taux de croissance quantitatifs(5). Ainsi, ces sociétés ont fait une priorité, parfois même plus que les sociétés capitalistes, de l’augmentation quantitative de la production (ce qui n’est pas sans lien avec une interprétation exclusivement productiviste de la théorie marxiste), l’augmentation étant ordonnée par décrets et imposée par la répression. La protection des ressources et de l’environnement n’entrait dans de tels plans, tout au plus, que sous forme quantitative (nombre de stations d’épuration, de filtres, dépenses de certains budgets etc.).

Cette planification était dès le départ truffée d’erreurs et d’immenses fautes de planification (avec un gâchis correspondant de ressources) qui, faute de contrôle social, n’étaient repérées qu’au moment où elles étaient reconnues « d’en haut ».

L’idéologie de ces états a prôné comme une obligation l’optimisme et la foi dans le progrès. Les bureaucrates avançaient la perspective de la « concurrence entre les deux systèmes » et du « dépassement » des sociétés capitalistes. Dans ce sens, des modèles de consommation et de modernisation capitalistes catastrophiques pour l’environnement étaient valorisés et adoptés comme valeurs idéologiques contribuant à déterminer le cadre du plan. . Seuls des modèles basés sur une quantification des ressources naturelles (c’est-à-dire, des modèles comparables à ceux d’ économistes bourgeois conservateurs) étaient acceptés.

Il va sans dire que la crise écologique ne pourra que s’aggraver dans le contexte de pillage économique et de capitalisme sauvage qui règne en Russie depuis la disparition de l’URSS, avec la bénédiction des puissances occidentales et du FMI.

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